16/12/2006

L'enfer

ordicalimero

            Me voici le dos droit, le regard fixe, les mains plaquées devant moi, les pieds bien à plat.  Aussi raide qu'une astronaute callée dans son siège éjectable. Prête à décoller à bord de sa fusée interplanétaire.

 

Bien sûr, on m'a dit qu'un ordinateur n'est qu'un stupide engin. Qu'il ne fait qu'exécuter les instructions qui lui sont envoyées. On m'a aussi dit qu'il ne fallait pas être le phénix des hôtes de ces bois pour maîtriser la machine. Il paraît même que les enfants y réussissent sans aucune peine.

 

Alors, bien sûr, pourquoi pas moi ?

 

Encouragée par ce raisonnement positif et hyper logique, je piaffe  donc d'impatience face à l'objet. Tel une exploratice, je m'arme jusqu'aux dents - entendez par là, que je m'entoure d'un nombre impressionnant de livres truffés d'explications les unes plus acadabrandes que les autres.

 

Fougueusement, fébrilement, je me lance à corps perdu dans la jungle  des mystérieux octets, mégas, gigas, bit ... Il y a aussi les incontournables clics,  biclics,  bips... Et puis, les monstrueux dir, bat,  del,  mem,  sys... Finalement il y a les salvateurs help  qui sont censés expliquer dans un langage simple comment se sortir d'une passe difficile.

 

Après un parcours du combattant tout à fait  mémorable au cours duquel je subis une détérioration importante de  mon système nerveux ainsi qu'une modification de la qualité habituellement excellente de mon sommeil,  je suis enfin au seuil du résultat tangible de mon dur labeur. Je veux parler de... l'impression !

 

Moment unique dans une vie !  Suspense  intense et puissant !

 

L'un de mes livres appelle ça : "un sentiment grisant de liberté d'action mêlé à la sourde angoisse de la solitude face à la machine et ses caprices".

 

La sueur coule le long de mon visage. J'ai les mains moites, les dents qui claquent, les genoux qui s'entrechoquent. Ma tension artérielle passe à 25...

 

J'y vais... Je me lance...

 

Je clique enfin ! Rien ! Je re-clique ! Une série de bruits stridents rappelant la Guerre des Etoiles emplit soudain la pièce. Tels des éclairs, des lueurs colorées s'allument, s'éteignent. De sombres messages, incompréhensibles, s'inscrivent sur l'écran. Qu'est-ce que cette machine infernale veut me faire comprendre ?

 

Mon regard fiévreux et désespéré va de l'ordinateur à l'imprimante. De l'imprimante à l'ordinateur. Rien, toujours rien !

 

Vite mon bouquin... Que me dit-il ?   "Petite remarque pour les distraits : l'imprimante est-elle bien allumée ?"

 

Mon Dieu, j'ai oublié d'allumer l'imprimante ! Bon, je l'allume ! Elle frémit ! C'est bon signe ! Une feuille de papier bouge, glisse, apparaît .... Une crépitation réconfortante se fait entendre. La feuille avance, avance ....... blanche ....  vierge..... !  Mais pourquoi ? Qu'ai-je fait ? Que n'ai-je pas fait ? Je crois que je vais m'évanouir ....

 

Je n'ai pas le temps de m'évanouir car soudain,  un bruit tonitruant, énorme, un fracas assourdissant me fait tourner la tête avec horreur... L'imprimante, maîtresse démoniaque de mon ordinateur, enfante de dizaines et de dizaines de feuilles  bariolées d'encre noire. Encore et encore ! Elle ne s'arrête plus... Elle semble possédée ! Comment maîtriser ce phénomène absolument satanique?

 

Un prêtre exorciste peut-être ? Je suis pétrifiée par la peur. L'épouvante me gagne, mon sang se glace d'effroi... Je m'écroule en hurlant, les mains plaquées sur les oreilles.

 

Pas assez plaquées sans doute pour m'empêcher d'entendre la sirène de l'ambulance qui approche. Sans aucun ménagement, celle-ci m'emmène, lié sur un brancard. Direction ? Un établissement psychiatrique dont le service des urgences va rassembler les données de mon dossier médical...sur ordinateur !

 

Reproduction formellement interdite

 

14:04 Écrit par Nicole | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

l'enfer! j'étais mort de rire en te lisant et surtout en t'imaginant à tes débuts,bien que moi ça devait être tout aussi comique!
mais franchement c'est bien écrit et vraiment quelques minutes de bonne humeur!
bisous de ton didi

Écrit par : didier | 16/12/2006

Une chance que tu ais récupéré depuis pour nous pondre ces textes délicieux...bisous

Écrit par : anne | 18/12/2006

Les commentaires sont fermés.